«Que se passe-t-il quand je m’inscris à l’université et quelles sont les perspectives qu'on m'y offre?» Ces questions ont toujours été fondamentales pour les étudiants et les jeunes chercheurs, a souligné le président du Conseil national de la recherche du FNS, Dieter Imboden, en ouvrant, devant 160 jeunes chercheurs, la première partie de l’événement organisé par le FNS. À l’occasion de ses 60 ans, le FNS aimerait enfin en avoir le cœur net: qu'est-ce qui coince en matière d’encouragement de la relève et de la recherche? Rien que l’intitulé de l’événement «La Suisse en fait-elle assez pour la relève scientifique?» avait soulevé un débat, tout particulièrement au sein du corps intermédiaire des hautes écoles suisses.
Les workshops comme base de travail
Les attentes concrètes envers les responsables politiques, hautes écoles et le FNS formulées par les jeunes chercheurs dans le cadre de workshops ont servi de base aux discussions menées avec les décideurs pendant l’après-midi. Lors de cette deuxième partie de l’événement, Hans Ulrich Stöckling, Président du Conseil de fondation du FNS, a eu le plaisir de saluer, outre les jeunes chercheurs, près de 100 représentant-e-s des milieux politiques, des hautes écoles et du FNS. Il est extrêmement réjouissant de constater qu’un échange constructif et engagé se soit mis en place.
«Un écho de la politique»
Le nouveau président de la Commission de la science, de l'éducation et de la culture (CSEC) au Conseil des Etats, Felix Gutzwiller, a transmis l’«écho de la politique». Il a souligné qu'en dépit de la haute complexité du système scientifique, il fallait s’efforcer de persuader les milieux politiques, souvent peu familiarisés avec la recherche fondamentale, que «la recherche représentait une priorité absolue pour l'avenir de la Suisse, bien avant d’autres domaines!» Voici la clé pour surmonter, lors de la prochaine législature du Parlement, la stagnation actuelle des investissements publics dans la recherche.
C’est ici que ça coince!
Caspar Hirschi de l’EPF Zurich a ensuite présenté les attentes formulées par les jeunes chercheurs lors des workshops. À l’analyse des résultats, il a constaté que «les demandes de la relève scientifique étaient généralement très similaires dans les différentes disciplines». Il a notamment cité les besoins suivants:
Attentes envers la politique:
- Révision à la hausse des subventions universitaires de base proportionnellement à l’augmentation du nombre d'étudiants
- Pression accrue sur les universités pour assurer une meilleure conciliation de la vie professionnelle et familiale, en particulier pour les chercheuses
- Coordination optimisée et plus intense de la politique de recherche entre la Confédération et les cantons, soit entre les différentes hautes écoles
Attentes envers les universités:
- Meilleures structures d’encadrement pour les doctorant-e-s, accompagnées d’un contrôle systématique et sanctionnable de la prestation d’encadrement des professeur-e-s
- Perspectives plus attrayantes pour le corps intermédiaire supérieur (meilleure rémunération, postes indépendants, postes de professeur assistant en prétitularisation conditionnelle)
- Valorisation de l’enseignement par des adaptations dans ce sens des carrières pour les enseignant-e-s des hautes écoles
Attentes envers le FNS:
- Pression redoublée sur les universités pour qu'elles accueillent dans leurs rangs les chercheurs encouragés par le FNS
- Possibilité pour les jeunes chercheurs de niveau doctorat et post-doctorat de déposer eux-mêmes des demandes de projet avec une contribution à l'entretien personnel
- Transparence accrue concernant les expertises et les décisions d’encouragement
Débats animés en table ronde...
Les attentes formulées par la relève scientifique ont été abordées lors d'une table ronde réunissant de nombreux représentant-e-s prestigieux de la politique, des hautes écoles et du FNS. C’est ainsi qu’Antonio Loprieno, Président de la Conférence des Recteurs des Universités Suisses (CRUS), s’est déclaré en faveur d’une hausse du nombre de postes de professeur assistant en prétitularisation conditionnelle. Ces postes devraient d’ailleurs être mis au concours le plus tôt possible, notamment afin de favoriser les candidats suisses ainsi que les femmes. Il a également souligné que l’établissement de programmes de doctorat et l’encadrement plus intensif des doctorant-e-s lui tenaient particulièrement à cœur. Il a conclu que toutes les demandes étaient pertinentes et qu’elles seraient mises en œuvre dans la mesure du possible, ce qui a suscité le commentaire suivant de Caspar Hirschi: «Je suis heureux de constater que des améliorations sont en cours, or au vu de la lenteur des réformes au sein du système universitaire, je crains qu’une nouvelle génération de chercheurs aux cerveaux exceptionnels ne soit sacrifiée.» Christoph Eymann, Président de la Conférence universitaire suisse (CUS) a quant à lui estimé que la meilleure thérapie serait l’injection par la Confédération de fonds supplémentaires: «En complément aux finances disponibles, il importerait de lancer, au cours des 10 prochaines années, des programmes spéciaux pour encourager le corps intermédiaire.»
...et l’opinion du FNS
Dieter Imboden, Président du Conseil national de la recherche, a surtout été interpellé par la demande que le FNS exerce davantage de pression sur les hautes écoles. Il serait d’une part tenté d’exiger des universités qu’elles s’engagent à mettre sur un pied d’égalité les postes de professeur boursier et leurs propres postes de professeur assistant en prétitularisation conditionnelle, en leur conférant également le droit d’encadrer eux-mêmes les doctorants (droit de promotion). Or ceci présente d’autre part le risque que les universités n’acceptent comme professeurs boursiers plus que les personnes d’ores et déjà pressenties pour ces postes, au détriment d’«inconnus». D’une manière générale, tous les jeunes chercheurs devraient avoir droit à un examen à chaque niveau de promotion. Pour les professeurs boursiers par exemple, cela ne constitue aucune garantie d’obtention d’un futur poste de professeur ordinaire, «mais la garantie d’un examen avec une véritable chance». A l’instar du monde du sport, un bon système académique est une stricte structure en pyramide. Il demeure toutefois regrettable «que certaines personnes restent sur le carreau, car aucun poste adapté n’était vacant au moment voulu!»
Enfin, Dieter Imboden a assuré que les attentes formulées par la relève scientifique ne seraient pas reléguées au fond d’un tiroir du FNS, mais prises en compte par les hautes écoles et les responsables politiques. Il s’est par ailleurs réjoui que malgré leurs attentes justifiées, les chercheurs aient également compris qu’il fallait mettre en place un cadre politique et institutionnel pour obtenir des changements durables.
(Les résumés des déclarations de Caspar Hirschi et Dieter Imboden se trouvent dans la vidéo consacrée à l’événement.)
Première allocution du Conseiller fédéral Berset
Pour clore cette journée, le Conseiller fédéral Alain Berset a prononcé sa première allocation sur la recherche en tant que nouveau responsable du Département fédéral de l’intérieur. Il a félicité le FNS pour son activité d’encouragement au cours des 60 dernières années, en louant tout particulièrement son orientation, pour cet anniversaire, vers l’avenir et pas seulement vers le passé.
Il a souligné l’importance pour la société, la recherche et l’économie d’avoir un réservoir de jeunes personnes qualifiées et a assuré que sur la période 2013 à 2016, le FNS disposerait d’environ 600 millions de francs pour l’encouragement de carrières. (cf. son discours sous «Sur ce thème»).