Depuis les années 1980, les travaux de recherche consacrés aux hommes font clairement apparaître que le concept du masculin présente de multiples facettes: car il existe différentes masculinités, toutes reliées – et subordonnées – les unes aux autres. Des études récentes réalisées dans les pays post-industriels font état d’un fossé croissant entre une approche de la masculinité exacerbant l’image traditionnelle de l’homme et une masculinité «alternative» considérée comme «féminine», qui ne peut se révéler au grand jour, ni dans la vie sociale, ni dans la vie professionnelle. Les «nouveaux» hommes – au même titre que les femmes – sont souvent assujettis à des modèles et à des rapports de force, qui sont à l’opposé de leurs intérêts et souhaits.
Nouvelles images masculines
A cet égard, la sphère professionnelle a valeur d’exemplarité: En Suisse aussi, nombreux sont les hommes qui souhaitent travailler moins, même au prix d’une baisse de salaire. Les hommes jeunes surtout s’attachent plus fréquemment aux images masculines «alternatives», en considérant que la participation aux tâches d’éducation et de soins – même aux corvées ménagères – n’a rien d’«émasculant». Les barrières à la mise en œuvre de nouveaux modes de vie sont toutefois considérables: face aux exigences croissantes en termes de mobilité, de flexibilité et de disponibilité professionnelle, les hommes (et les femmes) ont de plus en plus de mal à concilier la vie professionnelle et les obligations familiales. Par ailleurs, les normes sociales contribuent à dénier les motivations de performance des pères qualifiés et dévoués à leur famille. En revanche, le profil des mères travaillant à temps partiel continue de toute évidence à davantage correspondre aux attentes de la vie professionnelle: à l’heure actuelle, plus de 80% de tous les postes à temps partiel sont occupés par des femmes.
Analyse différenciée au sein du PNR 60
Les projets du PNR 60 s’intéressent aux contradictions entre les préférences personnelles et le vécu quotidien des hommes (et des femmes). A cet égard, les chercheurs effectuent une analyse différenciée entre les diverses relations sociétales qui influencent la pensée, la sensibilité, les décisions et les actes de chacun d’entre nous. Le PNR 60 ne se contente pas de catégoriser les hommes comme des privilégiés continuant à bénéficier de manière détournée de traitements de faveur – par exemple lorsqu’il s’agit de salaires ou de postes à responsabilités. Les projets se penchent bien plus sur les discriminations dont sont également victimes les hommes, comme par exemple au niveau du choix des filières d'études et des carrières, des rôles spécifiques auxquels ils sont contraints dans les domaines privé et professionnel, ou encore comme objets d'agressions sexuelles. Presque tous les projets de recherche du PNR 60 se consacrent par ailleurs expressément aux hommes en tant que participants actifs du processus de recherche d’égalité. On peut donc s'attendre à ce que les analyses ne présentent pas seulement les problèmes actuels de l'égalité, mais également les changements potentiels que les hommes (et les femmes) sont disposés à réaliser dans le «doing gender (in)equality» quotidien, en politique et dans les syndicats, dans les organisations publiques, dans les entreprises, dans les écoles, dans les tribunaux et… dans les relations de couple.
Prof. Dr Brigitte Liebig, Présidente du Comité de direction du PNR 60
Ce texte fait partie de la newsletter du PNR 60 paru le 22 juin 2011 et dont le thème était «Les hommes et l’égalité».