L’open data et l’affaire NSA

22/05/2014

Cette image montre Martin Vetterli © FNS

Par Martin Vetterli

​Le mouvement de l’open data a gagné presque toute la société. Il est ainsi possible, aujourd’hui, d’utiliser des contenus numériques (open content), d’accéder à des programmes et de les modifier (open source), de consulter les données des autorités (open government) et de se former gratuitement (open education).

La recherche est concernée elle aussi. Actuellement, c’est surtout l’exigence d’un libre-accès à la littérature scientifique qui se fait entendre. Derrière ce mouvement de l’open access, il y a le noble objectif de permettre au lecteur d’accéder gratuitement à des publications payantes, étant donné que ces travaux ont bénéficié d’un financement public. En août dernier, la Commission européenne a fièrement annoncé que, bientôt, la plupart des publications seraient librement accessibles. Mais le nouveau système a aussi des effets pervers. Pour les chercheurs, les coûts de soumission d’une publication ont beaucoup augmenté. C’est pourquoi le FNS soutient financièrement la publication dans les revues open access. Cette voie est la bonne, car elle permet une propagation libre du savoir et de la connaissance.

Pour la science, le mouvement de l’open access n’est qu’un début. La prochaine exigence sera celle du libre accès aux données des travaux publiés. Elle soulèvera des questions complexes de stockage et de partage. Cette évolution sera, elle aussi, positive pour la science, car elle permettra l’avènement d’une nouvelle culture de la reproductibilité des expériences scientifiques. Ces dernières années, celle-ci s’est en effet retrouvée sous le feu de la critique. Elle représente le bien le plus précieux de la science, et c’est sur elle que repose la "success story" de la recherche. Là aussi, le mouvement de l’open data pourrait être utile.

Evidemment, ce tournant vers toujours plus de données numérisées et publiquement accessibles a aussi son revers. La sphère privée n’est souvent pas suffisamment respectée lors du traitement de données délicates sur la santé ou le comportement en ligne. L’affaire du programme de surveillance de la NSA a montré combien elle était fragile. La recherche ne devrait donc ni faire preuve de naïveté ni se fermer aux possibilités technologiques. Mais vivre avec son temps, afin de pouvoir faire de nouvelles découvertes. Et pour y parvenir, une certaine dose d’"ouverture" est indispensable.


Martin Vetterli est président du Conseil national de la recherche et professeur au Laboratoire de communications audiovisuelles de l’EPFL.

(De "Horizons" no 100, mars 2014)

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