Les futurs parents sont tiraillés entre modèles familiaux classiques et modernes

23/01/2019

Un homme tient une échographie de son bébé dans les mains.

Les gens qui n’ont pas encore d’enfants sont également marqués par les schémas familiaux traditionnels, montre une étude soutenue par le Fonds national suisse. Ils ont néanmoins également des aspirations contemporaines en ce qui concerne l’égalité des sexes, l’engagement professionnel et la vie de famille. Autant les femmes que les hommes se sentent ainsi dans une impasse.

On le sait bien: concilier vies familiale et professionnelle constitue un jeu d’adresse délicat. Jusque-là, la recherche s’est avant tout concentrée sur les mères. Plutôt rares étaient les études sur la manière dont les adultes sans enfants imaginent leur avenir professionnel et familial.

Une étude soutenue par le Fonds national suisse s’est intéressés à cette question. L’équipe d’Andrea Maihofer de la chaire d’études genre de l’Université de Bâle a mené 48 interviews qualitatives avec des adultes sans enfants en dessous de la trentaine, sélectionnés parmi 6000 personnes ayant participé à une étude longitudinale. Leurs résultats ont été résumés dans une synthèse.(*)

Les conclusions sont étonnantes pour une société largement perçue comme émancipée: les hommes se voient prendre à l’avenir le rôle du principal pourvoyeur économique de leur famille. En même temps, ils disent désirer être présents pour leurs enfants dès leur naissance. A l’inverse, les femmes ne partent pas du principe qu’elles devront plus tard assurer la principale source du revenu familial. Elles se définissent certes toujours davantage à travers leur engagement professionnel, mais considèrent encore que la prise en charge des enfants est avant tout de leur ressort.

Les deux sexes se trouvent ainsi face à un dilemme – et ceci avant même d’être parents. Ils considèrent que la répartition entre activité professionnelle et prise en charge des enfants est une question individuelle, qu’il appartient aux couples de régler, sans attendre de soutien de la part de la société.

Les futurs pères

L’étude indique que les hommes se sont longtemps contentés de s’impliquer en tant que pères seulement lorsque les enfants étaient déjà plus grands. Des pères désirant être présents dès la naissance est une tendance nouvelle. Presque tous les jeunes hommes interrogés disent souhaiter plus tard réduire leur pourcentage de travail à 80%. "Mais un temps plein est souvent nécessaire pour développer sa carrière, ce qui reste encore un objectif des jeunes hommes", explique Andrea Maihofer. Les hommes sans enfants perçoivent leur environnement professionnel comme très peu flexible, voire réfractaire par rapport au travail à temps partiel et à la conciliation avec la vie de famille. Néanmoins, ils ne s’engagent pas activement pour faire changer les choses, par exemple au niveau politique, note la chercheuse.

Les futures mères

"Les jeunes femmes aussi se trouvent face à un dilemme avant même de devenir mères", souligne Andrea Maihofer. Préserver leur identité professionnelle leur tient plus que jamais à cœur et elles sont préoccupées par la perte de leur indépendance en cas de grossesse. Mais elles ne partent pas du principe qu’elles devront assumer la responsabilité financière de la famille. Elles aussi perçoivent les conditions structurelles du monde du travail comme rigides et sources d’obstacles. Dans les interviews, elles évoquent souvent qu’il faudra "avoir de la chance" – comme un supérieur compréhensif – afin de pouvoir concilier de manière satisfaisante vie familiale et professionnelle.

Les futures mères

Malgré les stéréotypes encore bien présents sur les rôles familiaux, les adultes sans enfants ne veulent pas entendre parler d’une hiérarchie entre les deux sexes. Pour les scientifiques, les jeunes hommes et femmes manquent de modèles contemporains et ne peuvent qu’expérimenter à la fois les schémas traditionnels et modernes. Les personnes interrogées partent du principe que la répartition future de l’engagement professionnel et familial dépend fortement du «type» de père et de mère, et qu’il s’agit d’un choix du couple. "Le fait qu’ils considèrent chaque mère et chaque père comme unique les rend seuls responsables de l’organisation équitable de leur vie familiale et professionnelle, commente Andrea Maihofer. Cela risque de perdre du regard la responsabilité de l’État et de la société." Un problème selon elle exacerbé par l’encensement par les politiques et la société du concept de responsabilité individuelle.

(*) A. Maihofer, S. Hupka-Brunner, K. Schwiter, D. Baumgarten, Nina Wehner: Wie beeinflussen Vorstellungen von Familie und Beruf die Berufsverläufe von jungen Männern* und Frauen? Ergebnisse des Forschungsprojekts "Antizipierte Elternschaft und Berufstätigkeit. Zur Wechselbeziehung von Familien- und Berufsvorstellungen junger Erwachsener", ZGS Diskussions-Papier, Zentrum Gender Studies, Basel 2018.

Ergebnisse des Forschungsprojekts "Antizipierte Elternschaft und Berufstätigkeit"

Contact

Prof. Dr. Andrea Maihofer
Centre étude genres
Faculté de philosophie et d’histoire
Université de Bâle
Tél. direct: +41 61 271 35 59
Tél. sécrétariat: +41 61 207 08 73
E-mail andrea.maihofer@unibas.ch

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