Éducation sexuelle : l'école et les parents doivent collaborer

27/08/2019

Un garçon et son père à la bibliothèque

L'éducation sexuelle génère toujours de nombreux débats. L’idéal est qu’elle s'appuie conjointement sur l'école et les parents, indique une étude financée par le Fonds national suisse. Pour un enfant, utiliser Internet ou ses amis comme principales sources d'information en matière de sexualité peut se révéler problématique.

L'éducation sexuelle à l'école reste un sujet controversé. Yara Barrense-Dias, spécialiste de la santé des adolescentes et des adolescents, a cherché à savoir si leur principale source d'information en matière d'éducation sexuelle a un impact sur leur santé sexuelle. En collaboration avec la Fondation suisse pour la santé sexuelle et reproductive, un groupe de recherche financé par le Fonds national suisse a évalué les données provenant d'un sondage national effectué en 2017. L'échantillon final comptait environ 5000 participants.

Principale conclusion de l’étude : l'éducation sexuelle à l'école a un impact positif sur la santé et sur les comportements sexuels. Par exemple, les personnes ayant indiqué que l'école avait été leur première source d'information de sexualité constituent le groupe le moins touché par des infections sexuellement transmissibles.

Cette étude a également mis au jour des résultats surprenants, selon Yara Barrense-Dias, membre du Groupe de recherche sur la santé des adolescents au sein du Centre universitaire de médecine générale et santé publique (Unisanté) à Lausanne : "On croit généralement que les jeunes d'aujourd'hui connaissent leurs premières expériences sexuelles plus tôt qu’auparavant, mais nous avons constaté que ce n'est pas le cas."

Les amis renseignent

Pour cette étude, 4978 personnes de toute la Suisse ont répondu à la question : "Qui vous a principalement informé en matière de sexualité durant votre enfance et votre adolescence ?" Une seule réponse pouvait être choisie parmi les neuf proposées.
L'échantillon initial, provenant de l'Office fédéral de la statistique, était représentatif de la population âgée de 24 à 26 ans vivant en Suisse. Les scientifiques ont pris contact par courrier avec ces personnes pour leur proposer de participer au sondage. Le taux de réponse de 15,1 % a été plus faible qu’espéré, relève Yara Barrense-Dias : "Nous étions conscients que la sexualité représente un sujet sensible. Notre échantillon reste tout de même assez grand : les analyses et la puissance statistiques sont bonnes pour ce que nous cherchions à savoir. Nous avons pu actualiser les données du dernier sondage sur la sexualité des jeunes qui datait de 1995."

Le groupe de recherche a ensuite défini six groupes correspondant aux principales sources d'information évoquées : les amies et les amis, les parents, l'école, Internet, personne, ou autre. Les amis occupent la première place (38,9 %), suivi par les parents (27,3 %), l'école (19,1 %) et Internet (8 %). Les six groupes ont été comparés sur la base de critères sociodémographiques, des premières expériences sexuelles, des grossesses, des conduites à risque (entre autres, les infections sexuellement transmissibles), du nombre de partenaires sexuels, et des expériences sexuelles non désirées.

Jeunes hommes, jeunes femmes

Les comparaisons ont montré que les jeunes hommes, les personnes non-hétérosexuelles et les enfants qui entrent précocement ou tardivement dans la puberté étaient plus enclins à chercher des informations sur Internet. Parallèlement, davantage d’aspects négatifs tels que des comportements sexuels à risque apparaissent chez les personnes ayant recouru principalement à Internet et aux amis pour s'informer sur la sexualité. "C’est un gros problème, souligne Yara Barrense-Dias. L'éducation sexuelle à l'école doit inclure toutes les identités sexuelles ainsi que les enfants qui débutent leur puberté particulièrement tôt ou tard. Mais elle est aussi convaincue : Vu l'importance des amis et d'Internet, nous devons apprendre aux enfants à utiliser de multiples sources d'information et à améliorer leurs compétences en ligne. L'école et les parents doivent diriger les jeunes vers des sites dignes de confiance et les utiliser comme des outils et des aides."

En ce qui concerne les jeunes femmes, elles sont plus souvent informées de la sexualité par leurs parents, principalement par leur mère. Une hypothèse est que les parents se soucient davantage des informations données aux filles parce qu’elles peuvent tomber enceintes. "Les parents profitent certainement des premières règles pour amorcer une discussion générale sur la sexualité", explique Yara Barrense-Dias. C'est de toute évidence un moment clé de l'adolescence qui n’existe pas chez les garçons. La chercheuse souligne que prendre ses responsabilités en matière de contraception et de protection, garantir une sexualité positive et une bonne santé sexuelle concerne pourtant autant les garçons que les filles.

Un partenariat solide

Les personnes ayant répondu que l'école avait été leur principale source d'information et, à quelques petites différences près, celles qui ont principalement été informées par leurs parents, présentent les taux les plus bas d'infections transmises sexuellement ‒ respectivement 6,8 % et 8,2 %, contre 11,3 % et 11,7 % pour Internet et les amis. Les résultats concernant des rapports sexuels consentis sans être vraiment désirés sont similaires. C'est la raison pour laquelle Yara Barrense-Dias affirme à quel point le développement d'un partenariat solide entre l'école et les parents est crucial : "Les parents doivent constituer la première source d'information en matière d'éducation sexuelle, mais l'école est là pour les aider. Il peut être difficile pour les parents de parler de sexualité, de choisir le moment opportun et d’en couvrir tous les aspects. En revanche, l'école a pour sa part un programme défini. En matière d'éducation sexuelle, l'école et les parents ne doivent pas être considérés comme des adversaires mais comme des partenaires."

Barrense-Dias Y., Akre C., Surís J., Berchtold A., Morselli D., Jacot-Descombes D., Leeners B. (2019) Does the Primary Resource of Sex Education Matter? A Swiss National Study; Hrsg.: The Journal of Sex Research (2019). (Pour les journalistes, disponible sous forme de fichier PDF auprès du FNS com@snf.ch)

Contact

Yara Barrense-Dias
Centre universitaire de médecine générale
et santé publique (Unisanté)
Route de la Corniche 10
1010 Lausanne
Tél.: + 41 21 314 69 46
E-mail yara.barrense-dias@unisante.ch

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