PRN Photonique quantique 

Une start-up sous les projecteurs

La collaboration entre le PRN Photonique quantique et la start-up "Alpes Lasers" s’est avérée payante: "Alpes Lasers" a repris rapidement les technologies innovantes développées par les chercheurs. Son client le plus prestigieux jusqu’à présent: la NASA.

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Sans le Pôle de recherche national Photonique quantique, 'Alpes Lasers' n’aurait probablement pas survécu!" D’emblée, Jérôme Faist, professeur de physique à l’EPF Zurich, souligne les raisons sous-jacentes à l’évolution de sa petite start-up en une entreprise florissante qui convainc les acteurs du monde techno-scientifique les plus renommés, des services de police scientifique à Philip Morris International.
En 2007, l’Agence spatiale américaine (NASA) commande à Jérôme Faist une série d’instruments révolutionnaires qui seront embarqués en 2011 sur la sonde "Mars Science Laboratory". Ces lasers, qui fonctionnent en mode continu au lieu de pulsé, examineront la composition chimique de l’atmosphère martienne et détermineront si les conditions sont propices à l’apparition de la vie.

La start-up "Alpes Lasers" a été fondée en 1998 par Jérôme Faist (alors à l’Université de Neuchâtel) et ses collègues Markus Beck et Antoine Müller, aujourd’hui directeur. Les trois physiciens envisagent d’exploiter le laser à cascade quantique, invention faite en 1994 par Jérôme Faist. "Il s’agit d’un nouveau genre de laser dans l’infrarouge, dont la longueur d’onde du rayon dépend de l’épaisseur du matériau le constituant – des couches de semi-conducteurs – et non plus de sa composition chimique", explique Jérôme Faist. Aujourd’hui, ce dispositif est utilisé dans une palette d’applications de plus en plus large, de l’analyse de l’environnement atmosphérique (gaz polluants, couche d’ozone, etc.) à la détection d’alcool ou de drogues dans l’haleine d’un individu, en passant par la manufacture de cigarettes, le laser à cascade quantique analysant les composants de la fumée relâchée. "Une gamme de produits spécifiques, précise Antoine Müller, que nous avons pu développer en profitant des travaux menés au sein du PRN Photonique quantique." Ce dernier, constitué en 2001, réunit les meilleurs groupes de scientifiques en Suisse, dont celui de Jérôme Faist, pour étudier les phénomènes d’interaction entre lumière et matière.

"Grâce aux infrastructures du PRN, nous avons pu maintenir des activités de recherches fondamentales dans le domaine des lasers à cascade quantique, relève Jérôme Faist. Nous avons pu explorer des voies nouvelles, sans un cadre de projets trop orienté. Et souvent, cela a payé. Si bien que la technologie obtenue pouvait être aussitôt transférée vers 'Alpes Lasers'. Nous avons bénéficié du fait que la start-up et le PRN sont presque nés en même temps." Et même aujourd’hui, alors que la jeune pousse s’est bien développée, comptant une quinzaine d’employés sur deux sites, en Suisse et en Allemagne, et un chiffre d’affaires de deux à trois millions de francs, ses fondateurs n’imaginent pas pouvoir faire cavalier seul. "Pour une entreprise comme la nôtre, le risque financier serait trop grand par rapport aux retours potentiels, avise Antoine Müller. Au travers de notre collaboration avec le PRN Photonique quantique, nous pouvons sans cesse améliorer les produits proposés aux clients, qui veulent disposer d’instruments plus simples à utiliser et modulables."

De son côté, Benoît Deveaud-Plédran, directeur du PRN Photonique quantique, corrobore l’importance, pour un groupe de recherche comme celui de Jérôme Faist, de pouvoir disposer d’un financement à long terme dans le cadre du PRN: "Dans les domaines technologiques de pointe, il existe un trou entre le moment où des résultats scientifiques s’avèrent prometteurs en terme d’applications et celui où le produit final peut être directement utilisé par des entreprises. Cela même en tenant compte des éventuels financements alloués par l’Agence pour la promotion de l’innovation (CTI)", qui encourage le transfert de savoirs et de technologies. "Or il est justement possible de combler ce trou au travers de structures intrinsèques aux PRN."

Autre atout du PRN, en termes de transfert de technologies: le réseautage. "Grâce à nos contacts au sein du comité de pilotage du pôle, nous mettons sur pied des partenariats attrayants", explique Benoît Deveaud-Plédran. Ainsi, "Alpes Lasers" s’est alliée à des chercheurs de l’Empa, le Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherches, ainsi qu’à la firme américaine "Aerodyne", pour développer un appareil dans lequel le laser à cascade quantique distingue, dans l’air, le CO2 d’origine naturelle de celui dont les sources sont liées aux activités humaines; cet instrument a été testé en 2008 à la station scientifique du Jungfraujoch. "Le fait d’avoir réuni ces partenaires a ensuite débloqué d’autres financements", se réjouit le directeur du PRN Photonique quantique. "Surtout, renchérit Jérôme Faist, cela a permis de créer un nouveau marché pour ce type d’instruments dans le domaine de l’étude de la chimie de l’atmosphère." Cinq unités ont, depuis, été vendues. "Le tout avec des retours profitables en terme de marketing et de publicité, autant pour 'Alpes Lasers' que pour le PRN Photonique quantique", conclut Antoine Müller.
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