La poussière invisible

29/06/2015

Mesurer la qualité de l’air de manière globale ne suffit pas. Les chercheurs s’intéressent désormais à l’atmosphère que nous respirons dans nos appartements. Par Angelika Jacobs

(De "Horizons" no 105, juin 2015)

​Des centaines d’articles scientifiques décrivent les effets de la poussière fine sur la santé, et il semble désormais évident que la pollution atmosphérique favorise les maladies des voies respiratoires. Mais ces effets restent difficiles à prouver de manière claire.

Les études épidémiologiques sur la pollution atmosphérique se basent sur les données de quelques stations de mesure centrales qui ne correspondent pas forcément à la charge polluante réelle qui affecte les participants aux études. Les concentrations de polluants peuvent fortement varier suivant les sites.

Particules ultrafines

Depuis quelque temps, les épidémiologistes se concentrent sur les particules ultrafines (PUF). En raison de leur faible taille – jusqu’à 100 nanomètres – elles entrent dans la circulation sanguine et atteignent probablement le cerveau. Mais leurs effets sur la santé sont encore peu étudiés. Les PUF sont réparties de manière inégale dans l’atmosphère. On ignore à quel point les valeurs mesurées par les stations centrales sont utilisables pour des études épidémiologiques.

Nino Künzli et Reto Meier, de l’Institut tropical et de santé publique suisse (Swiss TPH) à Bâle, ont comparé des mesures faites par des stations centrales de référence avec 80 sites d’habitation se trouvant à proximité, une étude de la Swiss Cohort Study on Air Pollution and Lung and Heart Diseases in Adults (Sapaldia), dirigée par la professeure Nicole Probst-Hensch. "Les différences peuvent atteindre un facteur deux ou plus", relève Reto Meier. La concentration de PUF dépend de la distance à la source d’émission, donc principalement au trafic routier. Lors du choix d’un site d’étude, il faudrait tenir compte des routes à proximité et de la direction du vent afin d’obtenir des valeurs représentatives.

La pollution dans nos maisons

Autre doute: alors que la plupart des gens passent une bonne partie de leur temps à l’intérieur, les mesures sont réalisées à ciel ouvert. Reto Meier et ses collègues ont donc étudié le rapport entre qualité de l’air dans l’habitat et à l’extérieur. La charge à l’intérieur était en général plus basse, mais reflétait plutôt bien l’évolution à l’extérieur durant la journée. Les données produites par des stations de mesure en extérieur pourraient permettre une estimation de la concentration de polluants à l’intérieur, affirme le chercheur. "Mais il y a aussi des sources de pollution dans les habitations, dit-il. Cuisiner génère des PUF, par exemple."

Il existe déjà une série de recherches sur le rapport entre la qualité de l’air à l’intérieur et à l’extérieur, relève Josef Cyrys, du Centre pour l’environnement à l’Université d’Augsbourg, en Allemagne, qui n’a pas participé au projet. "Mais les données, surtout sur les PUF, sont peu nombreuses, et chaque nouvelle étude permet de se faire une idée plus précise", fait-il valoir. Pour lui, il manque au projet une perspective sur la manière dont ces nouveaux éléments pourraient être utilisables en épidémiologie.

Reto Meier rappelle que la question est complexe: les particules dans les espaces intérieurs peuvent présenter une composition différente de celles à l’extérieur. "A l’avenir, ces contrastes seront probablement encore plus importants, lorsque les bâtiments seront construits ou assainis conformément aux nouveaux standards énergétiques, et donc de plus en plus étanches", souligne Nino Künzli. Il est imaginable qu’un jour nous mesurerons les polluants avec notre smartphone, ce qui ouvrira de nouvelles possibilités pour attribuer encore mieux l’impact des particules aux différentes sources.


Angelika Jacobs est journaliste scientifique et travaille pour la Neue Zürcher Zeitung.


R. Meier et al.: Ambient Ultrafine Particle Levels at Residential and Reference Sites in Urban and Rural Switzerland. Environmental Science & Technology, 2015

R. Meier et al.: Differences in indoor versus outdoor concentrations of ultrafine particles, PM2.5, PMabsorbance and NO2 in Swiss homes. Journal of Exposure Science and Environmental Epidemiology, 2015