Comment le duo Mayor-Queloz a-t-il remporté le prix Nobel?

10/12/2019

Les planétologues Michel Mayor et Didier Queloz recevront le prix Nobel ce soir. Citations de deux chercheurs courageux que le FNS a soutenus sur plusieurs décennies.

​Les astrophysiciens genevois Michel Mayor (77 ans) et Didier Queloz (53 ans) ont mené courageusement leurs recherches, sans avoir d’application précise en tête et ont ainsi révolutionné la théorie qui régnait à l’époque sur la formation des planètes. Le prix Nobel de physique leur est décerné aujourd’hui à Stockholm. Les deux chercheurs se réjouissent de l’attention que ce prix a attirée sur leur domaine.

"Le grand retentissement du prix Nobel nous aide à montrer ce qu’il se passe dans la recherche fondamentale en Suisse." Michel Mayor

Un bonheur ambivalent pour un ancien doctorant

La découverte de la première exoplanète, "51 Pegasi b", n’a pas toujours été facile à gérer pour Didier Queloz, qui était alors doctorant à l’Observatoire astronomique de l’Université de Genève.

"Pour moi, une découverte de cette importance au tout début de ma carrière scientifique était plutôt un fardeau. Mais comme je suis de nature très optimiste, je suis allé de l’avant et j’ai survécu." Didier Queloz

Malgré tout, c’était peut-être une chance que ce soit le doctorant et non le professeur qui ait jeté le premier coup d’œil sur les données d’observation.

"Michel était en séjour sabbatique à Hawaï quand j’ai découvert la planète. Ma connaissance limitée de la planétologie m’a permis d’y croire dès le départ, ce qui n’aurait probablement pas été le cas de Michel. D’ailleurs, quand j’ai appelé pour le lui annoncer, je pense qu’il ne m’a pas vraiment cru." Didier Queloz

Tous les deux estiment qu’il est juste que cette distinction leur soit remise en tant qu’équipe et non pas à la gloire d’une seule personne, comme c’est souvent le cas dans la science.

"Nous avons formé une équipe extraordinaire. Michel a eu l’idée de mesurer les vitesses des étoiles en utilisant une approche complètement nouvelle. En même temps il m’a laissé une grande liberté de travail." Didier Queloz

"Aujourd’hui, on sent une réelle volonté d’inclure aussi les jeunes dans le prix Nobel. C’est stimulant pour eux. Et cette reconnaissance est essentielle, car un doctorant peut sembler travailler sur un sujet obscur, mais qui explosera peut-être plus tard par l’intérêt qu’il suscitera." Michel Mayor

Environ 30 ans après que le doctorant Didier Queloz et son directeur de thèse Michel Mayor ont analysé ensemble les longueurs d’onde des étoiles, tous deux pensent que la relève scientifique doit se fixer des objectifs audacieux.

"Il faut qu’ils aillent à la limite de leurs disciplines." Didier Queloz

"Je conseille aux jeunes chercheuses et chercheurs d’être ambitieux, de faire ce qui leur plaît et de bien choisir l’endroit où ils vont effectuer leur thèse." Michel Mayor

Les grandes questions de l’humanité

Entre 1977 et 2014, le FNS a soutenu de nombreux travaux des deux astrophysiciens et a ainsi permis de poser la pierre angulaire de la recherche sur les planètes en Suisse. Michel Mayor a joué un très grand rôle dans le Pôle de recherche national (PRN) "PlanetS". Didier Queloz y mène toujours des recherches actives. Est-il vraiment sensé de faire des recherches sur une planète éloignée de 50 millions d’années-lumière et qui est hors de notre portée ? Les deux scientifiques répondent à l’unisson :

"Qu’aurait répondu le physicien allemand Wilhelm Conrad Röntgen si on lui avait demandé à quoi pouvait bien servir d’élucider la nature des rayons cathodiques ?"  Michel Mayor

"Pour parvenir à une découverte révolutionnaire, il faut faire de la recherche sans avoir aucune application en tête. Vous pouvez améliorer autant que vous voulez les locomotives à vapeur, elles ne vous emmèneront jamais sur la Lune." Didier Queloz

Les conclusions qu’ils ont tirées de leur recherche ont suscité bien des réticences au départ.

"La théorie des planètes a été remise en cause par nos résultats, ce qui a rendu très sceptiques beaucoup d’astronomes qui n’y croyaient pas trop. La communauté des planétologues a mis environ 10 ans à accepter ce fait." Didier Queloz

Cela n’a pas empêché les deux astronomes de réaliser un de leurs rêves en découvrant cette planète. Mais ce n’est pas tout.

"Toutes les mythologies et religions se posent les mêmes questions : d’où venons-nous ? Quelle est notre place dans l’univers ?" Didier Queloz

"C’est le rêve de l’humanité depuis de plus de 2000 ans. Aujourd’hui, notre privilège est que la technologie nous permet de transformer ce vieux rêve en chapitre extrêmement vivant de la recherche. Car on ne voit pas ces planètes. Seules des méthodes scientifiques rigoureuses nous permettent de les repérer." Michel Mayor

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